…Écrire ce qui me résiste
Écrire et ne pas vivre triste
Et me dissoudre dans les mots …

Elle aura eu beau faire tout son possible, Anne, tempêter ici et là contre ce qu’elle vivait comme une réduction de sa personne, et de son art, à cette chanson « j’aime les gens qui doutent ». Elle craignait que l’on s’imagine qu’elle n’avait écrit que ça disait-elle.

Et cela n’aura pas manqué, (et même aux Mots à la bouche… !) c’est cette chanson qui fut le plus mise en avant. Pour une fois on a parlé d’elle comme jamais sur tous les médias, sur toutes les chaînes, dont elle avait été quasi exclue depuis des années malgré des ventes de disques par millions (si on compte aussi les fabulettes) et quand même 60 ans de chansons !

Il faut admettre qu’elle n’était pas toujours commode « aussi docile qu’un chardon » dit-elle dans une de ses chansons ! De fait en 2020 elle était toujours là et bien là, pleine de projets, soutenant toujours de jeunes musiciens et chanteurs et chanteuses, et elle était programmée encore pour cet hiver à La Cigale à Paris.

Dans cette production de plusieurs centaines de chansons dont elle était l’unique autrice-compositrice, il y a tant de perles, si belles, si singulières, poétiques, révoltées, lumineuses, drôles ou tendres… Quelle palette !

Pour ma part elle m’a accompagnée depuis mon adolescence, son premier 45 tours datant de 1959, je l’ai reçu quelques années plus tard (Tiens-toi droit, Porteuse d’eau, Maryvonne, La femme du vent …) et ses portraits de femmes rudes et hors des sentiers battus m’a dès lors fascinée malgré mon jeune âge. Je connais par cœur un grand nombre de ses œuvres et j’ai eu la chance de la voir en concert plusieurs fois à différents moments de sa carrière. J’ai toujours aimé son franc parler et aussi une certaine distance qu’elle mettait avec son public ainsi que sa discrétion quant à sa vie personnelle.

Elle continuera, c’est certain, à faire partie de ma vie, de nos vies ?

Anne Berthoux

3 décembre 2020

Quelques phrases encore tirées de Ecrire pour ne pas mourir (années 80)

Que je vive cent ans ou bien quelques décades
Je ne supporte pas de voir le temps passer
On arpente sa vie au pas de promenade
Et puis on s’aperçoit qu’il faudra se presser
Que vous soyez tranquille ou bien plein d’inquiétude
Ce que je vais vous dire vous le comprendrez
En mettant bout à bout toutes nos solitudes
On pourrait se sentir un peu moins effrayés
Un peu moins effrayé

Écrire pour ne pas mourir
Écrire tendresse ou plaisir
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce que j’ai compris
Dire l’amour et le mépris

Écrire me sauver de l’oubli
Écrire pour tout raconter
Écrire au lieu de regretter
Écrire et ne rien oublier
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu’on crève
Quand l’écriture un jour s’achève