Atelier d’écriture

Lors de la lecture débat « L’école d’antan » :

A la manière de G. Perec : Je me souviens …

Je me souviens d’une éclipse totale. Depuis des jours, tout le monde en parlait. Il n’y en aurait plus avant 40 ans. Le comble réside dans le fait que nous avons été obligés de ne pas y assister. Nous avons dû nous éclipser. La force de l’ombre avait eu raison de nous.

Je me souviens sur le chemin de l’école, avec mon frère et un ami, de nos arrêts à l’alambic près de la rivière avec dégustation obligatoire et de notre retour bien plus « légers » à la maison.

Je me souviens des manuels scolaires de ma grand-mère paternelle et des devoirs partagés avec beaucoup de sévérité, et du soutien affectueux de mon arrière-grand-mère.

Je me souviens de tous mes instituteurs.

Je me souviens d’un chewing-gum glissé dans la poche de mon tablier en petite section maternelle par peur d’être réprimandée par la maîtresse.

Je me souviens des balles confectionnées avec du papier pour jouer au foot avec les copains dans la cour.

Je me souviens des nèfles que nous mangions au mois de juin alors qu’avec ma copine Chantal nous révisions le Baccalauréat sciences expérimentales à l’école Normale de Nice, isolées sur une petite terrasse…et bien à l’abri… c’était le bon temps mais nous ne le savions pas…

Je me souviens de la pub pour le dentifrice signal à rayures devant laquelle je passais pour aller à l’école. Je me suis demandé longtemps comment elles ne se mélangeaient pas à l’intérieur du tube.

Je me souviens de ma première rentrée, au CP. Je n’avais pas de cartable, juste un sac à anses en toile bleue cousu par ma mère, mais avec mon nom magnifiquement brodé en rouge vif dessus.

Je me souviens de Mme B., mon institutrice de CM2. Elle avait divisé la classe en groupes. Chaque groupe avait choisi une voiture dessinée, coloriée, découpée et épinglée sur un circuit. En fonction de notre travail et des résultats scolaires du groupe, la voiture démarrait et avançait ou non toutes les semaines. Il régnait dans la classe une entente que je n’en avais jamais connu en tant qu’enfant. Je l’ai retrouvée, M. B. au collège, lors de mon premier poste d’institutrice. Entre temps, j’avais compris qu’elle pratiquait la pédagogie Freinet et les méthodes actives que j’avais découvert aux CEMEA.

Je me souviens, en 1954 Mendès France avait décidé de donner un verre de lait à chaque petit écolier, et comme je ne supportais pas le lait, j’avais droit à 3 petits « thés Brun » en remplacement.

Je me souviens de cet hiver où il faisait si froid que la Saône transportait des icebergs, mais oui, de gros iceberg. Et nous avec nos grosses chaussettes sur nos jambes nues…

Je me souviens du bruit de la baguette de la maîtresse quand elle frappait les mots un à un sur le tableau pour nous faire lire.

Je me souviens du remplissage d’encre des encriers par la maîtresse avec une bouteille d’un litre, munie d’un bec verseur comme l’huile. L’encre était violette à l’époque et d’assez mauvaise qualité.

Je me souviens de la marelle dessinée dans la cour, du goûter partagé à la récré, de la pause méridienne dans la forêt communale proche de l’école, du petit effectif de la classe : 18 élèves !

Je me souviens des cabanes sous les escaliers verts de la cour de la maternelle. Je me souviens de l’excitation d’aller acheter les affaires d’école à Auchan.

Je me souviens des « Misérables » lu par mon maître de CM1.

Je me souviens des akènes, fruits des érables ombrageant la cour. Nous les lancions en l’air et les baptisions « hélicoptères ».

Je me souviens de mon premier instituteur, j’avais 6 ans et il me paraissait très vieux. Rencontrant, beaucoup plus tard sa fille, elle m’apprit qu’à l’époque, il avait à peine 30 ans. Je me souviens de l’hommage annuel à Pierre Merle, ancien directeur de l’école arrêté devant ses élèves et mort plus tard en déportation.

Je me souviens des goûters que me portait ma mère à 16h30, à la sortie de l’école. Pain et confiture, pain et chocolat, enfouis dans un emballage de café qui en gardait encore l’odeur.

Je me souviens des séances de cinéma au Politeana, place Garibaldi. On portait 20 francs (c’était au début des années 60) pour payer l’entrée.

Je me souviens de l’indicatif de la radio scolaire.

Je me souviens que notre instit nous donna une rédaction « Vous êtes un oiseau migrateur, vous allez passer l’hiver dans un pays chaud, où allez vous ? » quel merveilleux voyage j’avais fait…

Je me souviens des boules de coco, des roudoudous achetés, échangés, avalés.

Je me souviens des « pâtés », tâches d’encre, lorsque la plume accrochait le papier, du « tout recommencer »

Je me souviens du plaisir à retrouver un bon point le matin dans le cahier, que l’on convertissait en image. Cochons, vaches et leurs petits, tulipes et tant d’autres délices.
Je me souviens des crayons d’ardoise avalés, du verre de lait qu’il fallait boire pour les faire passer.

Je me souviens des grandes affiches pour l’histoire, du cardinal de richelieu avec son auréole, si nous étions sages, nous en aurions une aussi.

Je me souviens du voyage en Corse en bateau avec Mme Angeli.

Je me souviens de ma première rentrée comme maîtresse.

Je me souviens de ma copine Géraldine.

Je me souviens de Monsieur Canari, notre professeur de français au collège, et qu’on appelait « l’oiseau ». Et c’en était un drôle.

Je me souviens des buvards et des protège-cahiers que j’allais quémander dans les magasins le jour d’avant la rentrée scolaire.

Je me souviens des parties de ballon prisonnier le samedi après-midi sous le préau.

Je me souviens de l’éclipse totale de soleil, un matin où nous sommes restés dans la cour ;

Je me souviens de Madame Legembe l’institutrice aux cheveux blonds qui m’a appris à lire. Je n’ai pas oublié depuis.

Je me souviens des boulettes de buvard trempées dans l’encre qu’on projetait avec un élastique depuis le fond de la classe sur les fayots du premier rang.

Je me souviens de la sorcière de l’année suivante qui nous tirait les oreilles et qui nous mettait au coin les genoux sur une règle carrée quand on faisait des bêtises. Quand on vivait quoi !

Je me souviens des bureaux à pupitre avec leurs encriers en porcelaine. Je me souviens des buvards des peintures Ripolin.