Voici l’un des textes que nous lisons lors de notre lecture scénique « Mémoires d’esclavage » que nous avons donnée pour les collégiens de Contes le 12 mai.

Une nouvelle lecture va avoir lieu à l’espace Magnan, en direction des enseignants, animateurs qui aimeraient illustrer ou introduire leur travail sur l’esclavage avec ce spectacle, spécialement pensé pour les collégiens.

Une version « adultes » est en préparation et sera disponible à la rentrée.

1791, île de Saint-Domingue. Les esclaves noirs, menés par le mystérieux Bug-Jargal, se révoltent contre la domination des colons français. Héroïque et généreux, Bug-Jargal s’engage dans une lutte sans merci, mais ne peut oublier son amitié pour Léopold d’Auverney (le narrateur), jeune officier blanc, et surtout son amour pour Marie, la fiancée de ce dernier. Victor Hugo a seize ans lorsqu’il écrit Bug- Jargal, en quinze jours, en 1818.

Victor Hugo écrit le roman Bug-Jargal en 1818. Il a 16 ans. Il y raconte, à travers la vie d’un esclave en rébellion, Bug-Jargal, les dures conditions des esclaves, la violence des maîtres et surtout la révolte des esclaves de Saint-Domingue en 1791.

Extrait

…Huit cents nègres cultivaient les immenses domaines de mon oncle. Je vous avouerai que la triste condition des esclaves était encore aggravée par l’insensibilité de leur maître. Mon oncle était du nombre, heureusement assez restreint, de ces planteurs dont une longue habitude de despotisme absolu avait endurci le cœur.

Accoutumé à se voir obéi au premier coup d’œil, la moindre hésitation de la part d’un esclave était punie des plus mauvais traitements, et souvent l’intercession de ses enfants ne servait qu’à accroître sa colère. Nous étions donc le plus souvent obligés de nous borner à soulager en secret les maux que nous ne pouvions prévenir.

Jusqu’à ce jour, la disposition naturelle de mon esprit m’avait tenu éloigné des plantations où les noirs travaillaient.  Il m’était trop pénible de voir souffrir des êtres que je ne pouvais soulager.  Mais mon oncle m’ayant proposé de l’accompagner dans sa ronde de surveillance, j’acceptai.

J’eus lieu de voir dans cette promenade combien le regard d’un maître est puissant sur les esclaves, mais en même temps combien cette puissance s’achète cher. Les nègres, tremblants   en présence de mon oncle redoublaient, sur son passage, d’efforts et d’activité : mais qu’il y avait de la haine dans cette terreur !

Un noir accablé de lassitude, s’était endormi sous un bosquet de dattiers. Mon oncle court à ce malheureux, le réveille rudement, et lui ordonne de se remettre à l’ouvrage. Le Nègre effrayé, se lève, et découvre en se levant un jeune rosier du Bengale sur lequel il s’était couché par mégarde. Le maître, déjà irrité de ce qu’il appelait la paresse de l’esclave, devient furieux à cette vue. Hors de lui, il détache de sa ceinture le fouet armé de lanières ferrées qu’il portait dans ses promenades, et lève le bras pour en frapper le Nègre tombé à genoux…