Dans cette période si tourmentée que nous vivons depuis des mois, ces vers de Victor Hugo nous ont semblé offrir un certain écho à notre actualité. Ces sont queslques vers extraits de Prélude, un des Chants du crépuscule publiés en 1835. Hugo n’a alors que 33 ans…

 

 

L’illustration ci-contre est une estempe réalisée par Daniel Mordant vers 1885.

Victor Hugo                Les chants du crépuscule

25 octobre 1835.

PRÉLUDE   (extraits)

De quel nom te nommer, heure trouble où nous sommes?
Tous les fronts sont baignés de livides sueurs.
Dans les hauteurs du ciel et dans le cœur des hommes
Les ténèbres partout se mêlent aux lueurs.

Croyances, passions, désespoir, espérances,
Rien n’est dans le grand jour et rien n’est dans la nuit,
Et le monde, sur qui flottent les apparences,
Est à demi couvert d’une ombre où tout reluit.

Le bruit que fait cette ombre assourdit la pensée :
Tout s’y mêle, depuis le chant de l’oiseleur
Jusqu’au frémissement de la feuille froissée
Qui cache un nid peut-être ou qui couve une fleur. […]

Cet horizon, qu’emplit un bruit vague et sonore,
Doit-il pâlir bientôt ? doit-il bientôt rougir?
Esprit de l’homme ! attends quelques instants encore.
Ou l’Ombre va descendre, ou l’Astre va surgir !

Vers l’orient douteux tourné comme les autres,
Recueillant tous les bruits formidables et doux,
Les murmures d’en haut qui répondent aux nôtres,
Le soupir de chacun et la rumeur de tous,

Le poète, en ses chants où l’amertume abonde,
Reflétait, écho triste et calme cependant,
Tout ce que l’âme rêve et tout ce que le monde
Chante, bégaie ou dit dans l’ombre en attendant !